Que fait un écrivain en résidence ?

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

Que fait un écrivain en résidence lorsqu’il n’est pas auprès du public ? Il se cache ?

Il s’agit ici d’un type de résidence particulier : la résidence-mission. Si, en résidence d’écriture, l’écrivain peut passer la majorité de son temps reclus pour travailler sur ses projets personnels, ce n’est pas le cas ici. Le but de cette résidence, celui qui m’a attiré, c’est de mettre la médiation au cœur de l’action.

L’agenda est donc déjà bien rempli avec les dates du bureau mobile et les animations ouvertes au public, mais les yeux affûtés remarqueront les demi-journées qui semblent rester libres au milieu.

Dans ces creux, il y a d’abord des interventions « cachées », auprès de structures comme l’EHPAD, le centre d’accueil de loisirs, les établissements scolaires… Lors de ces interventions, je propose des actions qui valorisent l’envie de lire et d’écrire, ou je discute comme dans le cadre du bureau mobile pour récolter de nouvelles histoires.

Pour chacune de mes sorties, j’utilise un dictaphone pour enregistrer les échanges (j’aime pouvoir retrouver les mots et formulations exacts de mes interlocuteurs). Chaque minute de discussion me donne le double ou le triple de travail à la maison pour les retranscrire à l’écrit. Quand j’aurai obtenu assez de matière, il me faudra ensuite réagencer chaque bribe pour les mettre en dialogue, leur donner une cohérence d’ensemble.

Au fil de mes sorties, je demande également aux habitants s’ils ont des textes qu’ils souhaiteraient partager. J’ai notamment eu la chance qu’on me transmette des cartes postales de 1915 évoquant l’agriculture pendant la guerre, ou d’anciennes histoires du pays écrites par une résidente de l’EHPAD : associés à des récits actuels, ces textes viendront illustrer comment la culture ne cesse de se transmettre, à force d’être semée, récoltée et resemée.

Enfin, les animations que je prévois ont besoin d’être préparées à l’avance. Une partie de ces animations se déroulera en plein air, le long des chemins. Je peux donc joindre l’utile à l’agréable en allant faire mes repérages sur les nombreux circuits de randonnée qui jalonnent le territoire. Je vois alors apparaître dans le paysage les mêmes contrastes que ceux que je découvre dans les discours des habitants. À mes yeux, ce sont ces contrastes qui font la beauté de nos régions.

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

De même, la majorité des animations s’appuiera sur des livres existants, alors je lis et relis et annote plusieurs romans pour construire un contenu qui s’adapte à chaque atelier.

Pour donner quelques exemples des projets à venir : avec les jeunes de l’accueil de loisirs, on partira marcher dans les bois de Lafrançaise avec des épreuves et énigmes basées sur les romans « La Rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat ; l’atelier parents-enfants du mercredi 27 (à l’Honor de Cos) proposera aux participants de réaliser un livre des souvenirs, en se basant sur le roman « Mémoires de la forêt », de Mickaël Brun-Arnaud ; mi-juin, j’emmènerai des adultes en randonnée et nous discuterons sur comment pousse le territoire en s’appuyant sur le récit de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs ».

Le long des chemins de Piquecos
Sur les chemins de Piquecos

Que fait un écrivain en résidence ?