L’idée du bureau mobile me séduisait beaucoup au début du projet. Sur le papier, j’idéalisais la chose : une table installée dehors dans un cadre pittoresque, et des gens qui viendraient me voir et me raconter leurs histoires sans que j’aie besoin de quitter ma chaise. Le pied !

Oui, mais…
J’avais négligé deux bémols.
Le premier, c’est qu’en semaine, les gens ne sont pas nombreux dans tous les endroits retenus. Et ceux qui passent n’ont pas forcément envie d’interrompre leur quotidien pour venir se confier à un inconnu. D’autant plus que j’ai beau expliquer et réexpliquer la démarche, j’ai beau avoir les idées de plus en plus claires sur la manière dont je vais utiliser leurs histoires, la finalité de ces échanges reste néanmoins floue pour certains. Heureusement, pour beaucoup de dates de la tournée, j’ai choisi d’aller dans des endroits qui font sens avec le thème de la résidence, à des moments où les gens se retrouvent et sont relativement disponibles pour discuter. Mais ça ne fait pas tout…
Car le second bémol, c’est mon caractère. Je me considère souvent comme un ermite : je préfère ma solitude au contact des foules, je préfère fréquenter les personnages imaginaires de mes bouquins aux personnes réelles du quotidien (serait-ce un des clichés de l’écrivain ? j’assume !). J’ai aussi ma timidité, et il m’est parfois difficile de faire le premier pas pour initier une conversation avec des inconnus. Dans certaines configurations du bureau mobile, j’arrive sans trop de difficultés à forcer ma nature, ou mieux, j’ai la chance de tomber sur des bonnes âmes qui m’aident à m’introduire auprès des gens qu’ils connaissent. Dans d’autres, c’est plus laborieux. Je n’ose pas toujours m’immiscer dans les conversations. Même si, dans le cadre de la résidence, j’arrive à me sentir légitime dans ma démarche, le cran me manque parfois, et j’ai peur de paraître intrusif.
Dans ces deux cas (quand il n’y a personne autour du bureau mobile, ou quand je n’ose pas faire le premier pas), j’essaie de m’adapter pour ne pas rentrer bredouille de ma récolte d’histoires. Je trouve donc des moyens d’avoir une discussion en tête à tête avec des gens qu’on me recommande de rencontrer. Parfois, ça se fait sur place, devant une église ou la table d’un café. Parfois, ça se fait chez les gens, dans leur intimité, après avoir planifié la rencontre par téléphone. Et la discussion peut alors durer des heures et réserver de belles surprises (et je ne parle pas que des fraises, des nectarines ou des gâteaux qu’on m’a offerts !).
Ainsi, la pile de documents de travail s’épaissit sur mon bureau. J’y pioche des images et textes d’autrefois, que je peux mettre en dialogue avec les témoignages vivants recueillis avec mon dictaphone. Par exemple, hier, chez un couple de Lafrançaise, parmi une large collection de correspondances, de vieux cahiers d’école ou de carnets de comptes (de 1800 à 1950), j’ai sélectionné une facture de matériel agricole, qui me permettra d’illustrer le témoignage d’un ancien agriculteur sur ces mêmes machines (agriculteur chez qui j’ai rendez-vous dans les prochains jours à Vazerac). Restera un travail pour numériser ces documents aussi proprement que possible avant de les intégrer dans ma restitution.

Même si tout ne se raccroche pas au thème de la résidence, j’y trouve largement assez de matière pour nourrir le recueil que je restituerai fin juin (pour rappel, la restitution aura lieu à la médiathèque de Lafrançaise le 26 juin à 17h, et à la médiathèque de Vazerac le 27 juin à 10h).
Merci à tous les habitants qui me guident et m’accueillent !



