Journal de résidence

Ce blog est le Journal de la résidence d’écriture  « Culture(s) : écrire, semer, récolter » qui se déroule dans le Pays de Lafrançaise  en 2026 avec l’auteur Benoît Toccacieli. On y retrouvera, au fil des jours, une trace des rendez-vous tout public et des actions de médiation qui rythment cette résidence .

L’année dernière, le Pays de Lafrançaise a accueilli un premier auteur en résidence. Le thème qu’il avait travaillé m’avait déjà donné à réfléchir. « Habiter ». Pour moi qui ai mis du temps à (re)trouver mes racines (en Auvergne), j’ai ressenti le besoin de mettre une définition derrière ce verbe si simple. Les premiers éléments me sont venus au moment de candidater pour la résidence de cette année. Le Tarn-et-Garonne, c’est une partie de ma jeunesse : mes années lycée à Bourdelle, et le temps passé dans les salles de concert et dans les locaux de CFM ; et avant ça, mes années collège, où je vivais dans le Lot mais effectuais la plupart de mes activités culturelles et sportives du ‘bon côté’ de la frontière. Mais malgré mes nombreux bons souvenirs de cette période, je n’ai pas l’impression d’avoir habité le Pays. Je n’ai fait que le traverser.

Avant de me lancer dans le thème de cette année, j’ai regardé ce qu’avait fait Thomas Louis l’an passé. J’ai imaginé les riverains qu’il croisait chaque matin, les commerçants qui finissaient par le reconnaître, les discussions qui se poursuivaient d’un marché sur l’autre. Et je me suis dit qu’au fond, « habiter », c’était ça : d’une part, reconnaître des gens et des lieux jusqu’à ce que l’environnement devienne familier ; d’autre part, être reconnu par les autres, s’intégrer à leur paysage habituel. Faire partie d’un même tout. Et surtout, bâtir des souvenirs en commun, partager les mêmes histoires.

Cela nous emmène au thème qui nous occupera cette année : « Culture(s) : écrire, semer, récolter ». J’aimerais m’arrêter sur le premier mot. Cultures. J’ai grandi dans un monde rural, éloigné des villes et de la Culture, celle avec une majuscule, celle qu’on enferme dans des lieux prestigieux et à laquelle on dédie un ministère. Sans pour autant minimiser la culture ‘d’en haut’, je dirais qu’à mes yeux, la culture est avant tout populaire. C’est la culture du sol, d’abord : celle qui nous nourrit et qui dessine nos paysages. C’est la culture de proximité, aussi : celle qui s’exprime dans nos maisons et sur les places de nos villages. Cette culture réside dans les histoires qu’on se transmet autour d’un verre, au coin du feu ou au gré d’une promenade.

« Tu vois ce grand arbre, ici ? C’est sous ses branches que j’ai reçu mon premier baiser. »

« Tu vois ce hameau, là-bas ? C’est celui où ton grand-père allait à l’école, il s’y rendait à pied, il n’y avait que des garçons à l’époque. »

« Tu vois ce vieux pigeonnier, au fond ? Certains prétendent qu’il est hanté, qu’il s’y est passé des choses terribles pendant la Guerre. »

« Tu vois ce vieux pont, derrière ? Il date de l’époque romaine, et si tu t’en donnais la peine, tu trouverais peut-être des monnaies d’époque dans les champs qui l’entourent. »

Oui, je suis convaincu que le partage de ces histoires sème les graines de notre attachement au territoire.

C’est à cette culture-là que j’aimerais m’intéresser durant ma résidence. Aller à votre rencontre sur les marchés, dans les fermes, dans vos fêtes communales, au sein des associations, voire pourquoi pas chez vous ? Recueillir vos anecdotes, vos légendes, vos souvenirs, vous aider à les écrire si vous le souhaitez. Puis les partager avec vos aînés de la résidence du Lac, avec les enfants des établissements scolaires ou du centre de loisirs, ou pourquoi pas dans les boîtes aux lettres d’un hameau voisin. Semer ces histoires comme on sème des graines, et voir ce qu’elles donneront à récolter.

 

 

Je suis arrivé à Lafrançaise hier après-midi. En à peine plus de 24h, j’ai déjà eu le temps d’être ébahi par la richesse de l’activité culturelle sur le territoire et par la quantité de beaux recoins qui parsèment le paysage. Il me reste quelques jours pour construire les bases de l’agenda des semaines qui suivront, et j’ai peur de ne pas réussir à caser tout ce que j’aimerais réaliser.

Je reviendrai ensuite du 18 mai au 28 juin, pour 5 semaines sur place. C’est court, 5 semaines. Trop court pour s’intégrer réellement au Pays. Trop court pour en découvrir toute la richesse. Trop court pour en rencontrer tous les habitants. Trop court pour écouter et consigner toutes vos histoires. Mais malgré tout, je vais essayer d’en tirer le maximum !