Journal de résidence

Ce blog est le Journal de la résidence d’écriture  « Culture(s) : écrire, semer, récolter » qui se déroule dans le Pays de Lafrançaise  en 2026 avec l’auteur Benoît Toccacieli. On y retrouvera, au fil des jours, une trace des rendez-vous tout public et des actions de médiation qui rythment cette résidence .

Cette semaine, le bureau mobile est un peu au ralenti pour laisser la place à des animations auprès du jeune public.

J’ai pu me greffer dans les activités du club lecture au CDI du collège Antonin Perbosc. Avant ma venue, les élèves avaient rencontré d’autres auteurs au salon du livre de Montauban (les pauvres doivent se dire qu’il y a des auteurs partout !). La documentaliste leur a fait imaginer des suites à leurs romans, notamment sur la série de Thibaut Bérard autour de Suzanne Griotte et d’animaux imaginaires. Les élèves ont donc créé des couvertures, avec illustration et résumé. Quant à moi, sans les prévenir ni leur demander la moindre préparation, je leur ai confié mon dictaphone pour qu’ils réalisent des interviews. À tour de rôle, chacun a répondu aux questions d’un ou d’une camarade pour présenter son histoire. Bravo à eux d’avoir relevé le défi, avec autant de talent et de naturel que de bonne humeur ! J’ai moi aussi eu droit d’être passé à la question…

Interviews au CDI du collège

Je suis ensuite intervenu auprès de la classe de CM2 de l’école de Puycornet, pour un atelier d’écriture de conte. On a démarré par une séance de questions-réponses, et c’est avec un grand plaisir que j’ai rogné sur le timing de l’activité pour satisfaire leur curiosité (d’autant plus que quasiment tous les élèves ont levé la main pour m’interroger !). Ensuite, ils se sont répartis en 3 groupes pour inventer des contes en se basant sur une structure-type, et chaque élève s’est occupé d’écrire un bout d’histoire. Certains se sont entendus pour que l’histoire finale fasse sens, d’autres ont choisi de garder l’esprit d’un cadavre exquis… : chacun s’est prêté au jeu à sa manière, et même si écrire en groupe est loin d’être évident, ils ont su le faire avec beaucoup d’enthousiasme ! J’étais tout ému de les voir aussi nombreux à m’apporter leurs cahiers pour des dédicaces pendant la pause. Encore plus ému que certains viennent me voir en sortant pour me dire que l’atelier leur avait donné envie d’écrire, et qu’ils avaient hâte de rentrer chez eux pour s’y mettre ! (Ma « carrière » d’auteur a aussi commencé en CM2, où ma maîtresse avait intégré à la bibliothèque de l’école un recueil de poésies que j’avais écrites, illustrées et reliées. Ce type d’intervention m’offre une belle opportunité de transmettre le relais)

Instant volé <3

Puis je suis retourné avec des collégiens au centre de loisirs, pour proposer une activité en plein air : une randonnée jalonnée d’énigmes et d’épreuves, basée sur les romans « La rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat. J’ai proposé aux participants des épreuves inspirées des scènes de l’histoire, chacune étant introduite par une citation. Même si les jeunes étaient séparés en deux groupes (un par livre-aventure), les épreuves proposées les obligeaient à coopérer pour avancer. Malgré la chaleur du début d’après-midi, on a pu profiter de la relative fraîcheur des bois (et l’eau de la fameuse rivière à l’envers était une récompense bienvenue pour se rafraîchir à la fin !). Passé le bref instant ado « Oh non, il va falloir marcher ! », l’enthousiasme et les rires ont vite pris le dessus !

Balade littéraire
Les jeunes à l’épreuve et à l’écoute pendant la balade littéraire

Durant les prochains jours, je vais poursuivre le travail avec les jeunes par deux activités. J’irai à la médiathèque de Meauzac pour un temps de lecture auprès de chaque classe de CE-CM de l’école. Et demain soir, j’animerai une activité lors de la soirée de fin d’année du centre de loisirs : il s’agira d’un jeu de déduction et d’enchères basé sur le roman « Louve », de Pascal Brissy (idéal pour coller au thème ‘loup-garou’ de la soirée !). À partir de citations choisies du roman, en cinq phases (une par pleine lune), les jeunes devront discuter pour identifier quel habitant de la ville terrorise les habitants, et des mises en jetons de poker permettront de récompenser les plus perspicaces.

Par rapport au bureau mobile (qui se poursuit à côté, mais à un rythme plus tranquille que les premières semaines), ces interventions « cadrées » avec le jeune public représentent pour moi une très agréable série de parenthèses.

Dans l’organisation de la résidence, j’avais demandé de couper les 5 semaines de médiation avec une semaine ‘off’. L’occasion de rentrer voir ma famille, d’effectuer l’astreinte mensuelle dans ma caserne de pompiers volontaires, et de prendre un peu de recul sur le travail entamé pour mieux revenir après.

Je profite donc de cette semaine pour mettre de l’ordre dans tous les témoignages récoltés. Plus d’une centaine de personnes rencontrées (et je n’ai pas fini le tour des communes !), plus d’une douzaine d’heures d’enregistrement sur le dictaphone (ça commence à faire !). Mais les choses commencent à prendre forme, et les extraits les plus intéressants des témoignages s’assemblent déjà dans un dialogue cohérent.

Initialement, j’avais l’intention de profiter de cette semaine pour me plonger plus en détails dans les ouvrages qu’on m’a prêtés. Jusque-là, j’y piochais des photos (mais le groupe de dessinatrices du club des aînés de Lafrançaise m’a bien fait comprendre que j’aurai déjà largement assez d’images de leur part pour illustrer les témoignages, merci à elles !). Finalement, je vais y piocher de l’occitan.

Car le thème du patois est revenu régulièrement dans les conversations. Il m’intéresse à plusieurs égards.

Déjà, parce qu’il résonne avec le thème : la langue est un des premiers vecteurs de la culture, et la culture occitane reste relativement forte dans la région. Les figures d’Antonin Perbosc, Augustin Quercy, Jean Castela, Mary-Lafon, Etienne Parizot ou d’autres habitent encore l’esprit du pays. Difficile, donc, de passer à côté (même si peu d’habitants ont accepté de me parler en patois).

Escolo Carsinolo - centenaire de Mary-Lafon
Escolo Carsinolo – centenaire de Mary-Lafon

Ensuite, parce que l’histoire qu’on m’en raconte illustre des problématiques soulevées sur les thèmes de l’agriculture et du vivre ensemble (les deux axes majeurs qui ressortent des témoignages). Je rallume mon dictaphone, et je réécoute. J’entends que l’occitan a cessé d’être parlé pendant plusieurs générations, qu’il ne se transmettait plus au sein des familles. Que même si quelques irréductibles ont continué à le parler entre eux, à le faire vivre dans des pièces de théâtres, des chansons ou de la poésie, cela ne suffisait pas à le faire vivre dans la rue ou sur les marchés. Que des enfants s’y intéressent à nouveau, presque d’eux-mêmes, et se mettent à l’apprendre à l’école (ou sur le tard, une fois adultes), à essayer de le parler avec leurs anciens qui ne l’ont pas pratiqué depuis longtemps.

Ainsi, ici, l’occitan me fait l’effet d’une graine qu’on aurait malgré nous abandonnée au bord d’un champ et qui aurait fini par germer des décennies plus tard. Ou à une variété de fruit rustique dont on aurait redécouvert par hasard sa résistance aux maladies ou ses saveurs sans pareilles. Ou encore à une tradition de jeux inter-villages qu’on aurait relancée, parce que quand même, c’était le bon temps, avant, quand toutes les générations de voisins se retrouvaient à cette occasion.

Car oui, j’entends sur le passage du bureau mobile une nostalgie d’un temps révolu, de pratiques (agricoles, culturelles ou sociales) qui étaient « mieux avant » et qu’on regrette d’avoir perdues. En bon idéaliste, j’aime penser qu’en matière de culture(s), rien n’est jamais vraiment perdu. On peut passer par des creux qui donnent l’impression de déserts interminables, mais au bout, des dynamiques peuvent se relancer, faire renaître des choses qu’on croyait oubliées tout en les remettant au goût du jour. Plutôt que de se plaindre de ce qui s’efface, on peut s’enthousiasmer de ce qui se perpétue ou qui renaît.

Ainsi, je vais profiter de cette « pause » pour m’intéresser un peu plus à l’occitan. Sans l’avoir appris, je me surprends déjà à le comprendre, au moins à l’écrit (la pratique de l’italien et de l’espagnol aide beaucoup). Je me surprends aussi à l’apprécier, dans son mélange de rusticité et de musicalité. Je cherche donc dans les livres et les poésies qu’on m’a confiés des extraits en patois qui peuvent dialoguer avec le reste de mon travail de résidence. Qui sait, peut-être que cela contribuera à semer des envies de l’apprendre ? Peut-être en ira-t-il de même pour les autres éclats de passé regretté : leur évocation pourrait donner envie de faire le nécessaire pour en récolter à nouveau les plaisirs…

(qui a dit que les écrivains étaient de grands rêveurs ?)

L’idée du bureau mobile me séduisait beaucoup au début du projet. Sur le papier, j’idéalisais la chose : une table installée dehors dans un cadre pittoresque, et des gens qui viendraient me voir et me raconter leurs histoires sans que j’aie besoin de quitter ma chaise. Le pied !

Eglise Saint-Sulpice (Les Barthes)
L’église Saint-Sulpice (Les Barthes) : un beau lieu pour installer le bureau mobile ?

Oui, mais…

J’avais négligé deux bémols.

Le premier, c’est qu’en semaine, les gens ne sont pas nombreux dans tous les endroits retenus. Et ceux qui passent n’ont pas forcément envie d’interrompre leur quotidien pour venir se confier à un inconnu. D’autant plus que j’ai beau expliquer et réexpliquer la démarche, j’ai beau avoir les idées de plus en plus claires sur la manière dont je vais utiliser leurs histoires, la finalité de ces échanges reste néanmoins floue pour certains. Heureusement, pour beaucoup de dates de la tournée, j’ai choisi d’aller dans des endroits qui font sens avec le thème de la résidence, à des moments où les gens se retrouvent et sont relativement disponibles pour discuter. Mais ça ne fait pas tout…

Car le second bémol, c’est mon caractère. Je me considère souvent comme un ermite : je préfère ma solitude au contact des foules, je préfère fréquenter les personnages imaginaires de mes bouquins aux personnes réelles du quotidien (serait-ce un des clichés de l’écrivain ? j’assume !). J’ai aussi ma timidité, et il m’est parfois difficile de faire le premier pas pour initier une conversation avec des inconnus. Dans certaines configurations du bureau mobile, j’arrive sans trop de difficultés à forcer ma nature, ou mieux, j’ai la chance de tomber sur des bonnes âmes qui m’aident à m’introduire auprès des gens qu’ils connaissent. Dans d’autres, c’est plus laborieux. Je n’ose pas toujours m’immiscer dans les conversations. Même si, dans le cadre de la résidence, j’arrive à me sentir légitime dans ma démarche, le cran me manque parfois, et j’ai peur de paraître intrusif.

Dans ces deux cas (quand il n’y a personne autour du bureau mobile, ou quand je n’ose pas faire le premier pas), j’essaie de m’adapter pour ne pas rentrer bredouille de ma récolte d’histoires. Je trouve donc des moyens d’avoir une discussion en tête à tête avec des gens qu’on me recommande de rencontrer. Parfois, ça se fait sur place, devant une église ou la table d’un café. Parfois, ça se fait chez les gens, dans leur intimité, après avoir planifié la rencontre par téléphone. Et la discussion peut alors durer des heures et réserver de belles surprises (et je ne parle pas que des fraises, des nectarines ou des gâteaux qu’on m’a offerts !).

Ainsi, la pile de documents de travail s’épaissit sur mon bureau. J’y pioche des images et textes d’autrefois, que je peux mettre en dialogue avec les témoignages vivants recueillis avec mon dictaphone. Par exemple, hier, chez un couple de Lafrançaise, parmi une large collection de correspondances, de vieux cahiers d’école ou de carnets de comptes (de 1800 à 1950), j’ai sélectionné une facture de matériel agricole, qui me permettra d’illustrer le témoignage d’un ancien agriculteur sur ces mêmes machines (agriculteur chez qui j’ai rendez-vous dans les prochains jours à Vazerac). Restera un travail pour numériser ces documents aussi proprement que possible avant de les intégrer dans ma restitution.

Facture de 1913
Facture de 1913 (Labastide du Temple / Les Barthes)

Même si tout ne se raccroche pas au thème de la résidence, j’y trouve largement assez de matière pour nourrir le recueil que je restituerai fin juin (pour rappel, la restitution aura lieu à la médiathèque de Lafrançaise le 26 juin à 17h, et à la médiathèque de Vazerac le 27 juin à 10h).

Merci à tous les habitants qui me guident et m’accueillent !

Lafrançaise, vue générale (carte postale de 1915)
Lafrançaise, vue générale (carte postale de 1915)

Hier, au bureau mobile, quelqu’un m’a demandé : « ça consiste en quoi, en fait, le métier d’écrivain ? »

Il y aurait une réponse simple (simpliste ?) : « L’écrivain, il écrit des histoires. »

Il y aurait une réponse un poil plus poussée (pour celle-ci, je m’inspire du témoignage d’un maraîcher sur une autre date du bureau mobile) : « L’écrivain, il est comme le petit producteur d’à côté, il a plusieurs métiers : il fait germer ses histoires (dans ses idées), il s’occupe d’elles jusqu’à ce qu’elles aient assez poussé sur le papier pour en faire des romans ; et ensuite, il change de métier, il doit aller présenter ses histoires au public, parce que s’il reste tout seul avec elles, il ne pourra jamais en vivre. »

Et puis il y aurait une réponse plus large, dont cette résidence me permet de prendre conscience (en particulier avec la forme du projet que j’ai choisi de mener) :

Ces jours-ci, je pense beaucoup au travail de Svetlana Alexievitch. Avant d’obtenir son prix Nobel de littérature (en 2015), celle-ci a effectué des études de journalisme. En sortie d’études, elle a d’abord exercé en tant que professeure d’Histoire, avant de revenir au journalisme, auquel elle a peu à peu donné une tournure littéraire.

Elle collecte la matière dont elle tire ses livres en enregistrant sur magnétophone les récits des personnes qu’elle rencontre : « Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose… L’Histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. »

En ce qui me concerne, je n’ai ni son talent ni son expérience pour mener un travail d’une telle ampleur durant la résidence, mais c’est l’approche que j’essaie d’adopter, pour observer non pas des catastrophes et leurs effets, mais plutôt l’évolution du rapport des habitants à la terre et à la transmission. Comment semait-on autrefois ? Comment récolte-t-on aujourd’hui ?

Ainsi, la démarche du bureau mobile se rapproche du journalisme, puisque je viens interviewer des gens sur un sujet donné. Il intègre une dimension d’Histoire, puisque je suis amené à étudier des documents (parfois anciens) qu’on me confie, à les recroiser avec un panel de témoignages. S’y ajoute une dose de sociologie et d’ethnologie : même si je n’ai ni l’intention ni la prétention de tirer des conclusions de tous les témoignages recueillis, ceux-ci constitueraient la matière de base d’une étude sur la vie dans les campagnes, sur le plan des pratiques culturelles et agricoles. Et lorsque j’écris des romans (peut-être utiliserais-je une partie de ce travail de résidence pour un futur texte), j’intègre une forte dose de psychologie dans la construction de mes personnages.

Lafrançaise, vue générale (carte postale de 1915)
Lafrançaise, vue générale (carte postale de 1915)

À la question « ça consiste en quoi, en fait, le métier d’écrivain ? », je pourrais donc répondre qu’il consiste à croiser différents métiers : journalisme, Histoire, sociologie, psychologie, … Selon sa sensibilité propre, chaque écrivain piochera dans ces métiers (et dans d’autres) ce dont il a besoin pour construire ses histoires. C’est cette ouverture, ce côté ‘touche à tout’ qui, à mes yeux, fait la beauté du travail d’écrivain.

Même si, pour l’être habituellement solitaire que je suis, je dois parfois me faire violence pour sortir du confort de mon bureau d’écrivain et aller discuter avec les gens. Heureusement, ici, je me sens toujours bien accueilli !

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

Que fait un écrivain en résidence lorsqu’il n’est pas auprès du public ? Il se cache ?

Il s’agit ici d’un type de résidence particulier : la résidence-mission. Si, en résidence d’écriture, l’écrivain peut passer la majorité de son temps reclus pour travailler sur ses projets personnels, ce n’est pas le cas ici. Le but de cette résidence, celui qui m’a attiré, c’est de mettre la médiation au cœur de l’action.

L’agenda est donc déjà bien rempli avec les dates du bureau mobile et les animations ouvertes au public, mais les yeux affûtés remarqueront les demi-journées qui semblent rester libres au milieu.

Dans ces creux, il y a d’abord des interventions « cachées », auprès de structures comme l’EHPAD, le centre d’accueil de loisirs, les établissements scolaires… Lors de ces interventions, je propose des actions qui valorisent l’envie de lire et d’écrire, ou je discute comme dans le cadre du bureau mobile pour récolter de nouvelles histoires.

Pour chacune de mes sorties, j’utilise un dictaphone pour enregistrer les échanges (j’aime pouvoir retrouver les mots et formulations exacts de mes interlocuteurs). Chaque minute de discussion me donne le double ou le triple de travail à la maison pour les retranscrire à l’écrit. Quand j’aurai obtenu assez de matière, il me faudra ensuite réagencer chaque bribe pour les mettre en dialogue, leur donner une cohérence d’ensemble.

Au fil de mes sorties, je demande également aux habitants s’ils ont des textes qu’ils souhaiteraient partager. J’ai notamment eu la chance qu’on me transmette des cartes postales de 1915 évoquant l’agriculture pendant la guerre, ou d’anciennes histoires du pays écrites par une résidente de l’EHPAD : associés à des récits actuels, ces textes viendront illustrer comment la culture ne cesse de se transmettre, à force d’être semée, récoltée et resemée.

Enfin, les animations que je prévois ont besoin d’être préparées à l’avance. Une partie de ces animations se déroulera en plein air, le long des chemins. Je peux donc joindre l’utile à l’agréable en allant faire mes repérages sur les nombreux circuits de randonnée qui jalonnent le territoire. Je vois alors apparaître dans le paysage les mêmes contrastes que ceux que je découvre dans les discours des habitants. À mes yeux, ce sont ces contrastes qui font la beauté de nos régions.

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

De même, la majorité des animations s’appuiera sur des livres existants, alors je lis et relis et annote plusieurs romans pour construire un contenu qui s’adapte à chaque atelier.

Pour donner quelques exemples des projets à venir : avec les jeunes de l’accueil de loisirs, on partira marcher dans les bois de Lafrançaise avec des épreuves et énigmes basées sur les romans « La Rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat ; l’atelier parents-enfants du mercredi 27 (à l’Honor de Cos) proposera aux participants de réaliser un livre des souvenirs, en se basant sur le roman « Mémoires de la forêt », de Mickaël Brun-Arnaud ; mi-juin, j’emmènerai des adultes en randonnée et nous discuterons sur comment pousse le territoire en s’appuyant sur le récit de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs ».

Le long des chemins de Piquecos
Sur les chemins de Piquecos

Me revoilà à Lafrançaise, pour trois semaines d’affilée. Trois semaines qui s’annoncent riches et intenses.

Ce mardi, j’ai déjà le plaisir d’arriver avec le printemps. La première animation de la résidence a eu lieu ce matin : un atelier d’écriture au milieu des roses, dans la plantation de Richard Marples, à Saint-Maurice. Le soleil a fait son apparition quelques minutes après notre installation. Avec lui, les couleurs et les parfums des fleurs se sont révélés dans toute leur splendeur. Très vite ont suivi les chants d’oiseaux – hirondelles, tourterelles, moineaux, et même une chouette chevêche qui s’est invitée près de notre table. J’ai eu l’impression que le printemps en personne venait me souhaiter la bienvenue. Merci à lui !

Roses des Rosiers de Richard

Puis, après quelques repérages et préparatifs pour d’autres animations à venir, j’ai posé mon bureau mobile à l’aire de jeux de Montastruc, à l’heure de la sortie d’école. Ce bureau mobile, j’espère en faire le cœur de mon travail de résidence. Il a pour but d’aller à la rencontre des habitants, au plus près de chez eux, pour me permettre d’écouter leurs histoires. Car c’est là que se trouve l’essence de l’écriture : dans les bribes du quotidien de chacun.

On m’a demandé ce matin quel genre d’histoires j’attendais. J’ai senti un peu d’inquiétude, de la timidité, de la peur de ne pas savoir quoi raconter. Je dirais que les plus belles histoires sont celles qui viennent sans qu’on y pense, celles qui sortent le plus naturellement. Il suffit de se lancer : on parlera de la météo, d’où vous habitez, de ce qui vous a conduits à choisir ce lieu plutôt qu’un autre, de comment vous voyez votre environnement évoluer. Et à partir de là, c’est moi qui deviendrai inquiet, qui aurai peur de ne pas savoir vous arrêter !

Pour cette première date du bureau mobile, la question ne s’est pas posée : je n’ai été rejoint que par la pluie. Elle aussi semblait avoir des choses à me raconter, même si elle ne s’est pas attardée. Ou bien elle souhaitait m’accueillir à son tour. Merci à elle !

Dès demain, mon bureau mobile poursuivra sa tournée : je serai toute la matinée sur le marché de Lafrançaise. Puis, en fin de journée, à Piquecos, devant la salle des fêtes, pour les paniers de Pique. Si je ne suis pas derrière mon bureau, c’est que j’en profite pour acheter de quoi manger (un écrivain ne se nourrit pas que de mots !). Comme j’aime les endroits où l’on trouve de la nourriture, j’irai ensuite aux jardins de la Lupte, à Labarthe, vendredi après-midi. Enfin, je terminerai la semaine au marché de Vazerac, puis à l’arrivée du trail de l’Honor à Loubéjac. Toutes ces dates devraient me permettre de faire une première récolte de produits locaux, et j’espère glaner une bonne dose d’histoires au passage !

Et pour ceux qui voudraient profiter d’une rencontre plus ‘formelle’, je serai à la médiathèque de Lafrançaise samedi matin, à partir de 10h30.