Journal de résidence

Ce blog est le Journal de la résidence d’écriture  « Culture(s) : écrire, semer, récolter » qui se déroule dans le Pays de Lafrançaise  en 2026 avec l’auteur Benoît Toccacieli. On y retrouvera, au fil des jours, une trace des rendez-vous tout public et des actions de médiation qui rythment cette résidence .

Voilà déjà quelques jours que je suis rentré chez moi (retour qui n’a pas été de tout repos, mais c’est une autre histoire). Cela m’offre juste assez de recul pour me retourner sur l’expérience de cette résidence avec un large sourire.

Je reste ému par le moment de la restitution, que j’ai trouvé à l’image des semaines qui l’ont précédé. Le public venait d’horizons relativement variés, pas forcément liés au monde des lettres ou de la ‘culture’. Et après l’inévitable discours d’introduction, nous avons tous pu échanger pendant près d’une heure sur ce qui lie (ou divise) les habitants de la communauté de communes (et d’ailleurs), et sur comment faire en sorte que la culture rassemble. Je trouve ça intéressant de voir comment élus et habitants réfléchissent sur cette question, qui me semble de plus en plus d’actualité.

En regardant les classeurs au milieu de la pièce (décorés par les couturières du centre social, illustrés par les dessinatrices du club des aînées, enrichis par des contributions de l’atelier d’écriture mais aussi d’artistes ou de poètes des environs, et centrés sur des témoignages qui reflètent une diversité des points de vue et des pratiques des habitants), je me dis qu’il y a matière à espérer : il est toujours possible d’accomplir des choses ensemble.

Restitution de la résidence
Restitution de la résidence

Merci à toutes les personnes rencontrées pendant cette résidence (et désolé à toutes celles que je n’ai pas eu le temps de voir) ! Et peut-être à bientôt, quand je reviendrai en vacances dans les parages !

Dernière ligne droite avant la restitution.

Un recueil de 72 pages, imprimé en 15 exemplaires (pour en laisser dans chaque commune du Pays de Lafrançaise et dans les principales structures qui ont contribué au projet), ça demande un peu de boulot de préparation.

Parce que sur les 72 pages, il y a des collages de ‘pièces jointes’ à faire : un plan au format A3 qu’il faut découper, plier et coller, et un livret de 8 pages à assembler, agrafer et coller lui aussi (après avoir fait quelques tests d’impression pour s’assurer que les rectos et versos sont dans le bon sens)

Parce que, pour mettre ça dans un classeur, il faut perforer. Et la perforeuse ne fait que 2 trous sur les 4, et ne prend que 36 pages sur les 72, ça demande un peu de bidouillage (des trombones, un intercalaire, un peu de patience, et on a tous les trous à peu près au bon endroit).

Parce que les couturières qui travaillent sur la décoration des classeurs ne sont pas au même endroit que la médiathèque (heureusement, c’est dans le même bâtiment, et un ascenseur secret m’évite de faire le tour par la fournaise extérieure).

Rien d’insurmontable, hein. Quelques petits ratés à corriger (il suffit de rester zen), quelques heures de boulot (en résistant à la tentation de suivre l’escape game testé par l’équipe de la médiathèque à côté), et le tour est joué.

Travaux manuels et bidouille
Travaux manuels et bidouille

Et puis surtout, il y a des petites phrases dont je me nourris pendant ces dernières heures. Des phrases qui n’ont pas été intégrées dans le recueil, pour la simple et bonne raison qu’elles ne concernent que moi.

Des contributeurs et contributrices qui me relancent pour savoir si ce qu’ils et elles ont transmis (texte ou dessin) sera bien dans le recueil (et leur voix qui trahit un mélange d’envie et de joyeuse impatience).

Des couturières timides au départ (par simple souci de trop bien faire), et dont les yeux pétillent d’enthousiasme quand elles demandent si je leur laisse jusqu’au dernier moment pour faire un classeur de plus (« je vais continuer ce soir et tout demain ! »)

Des enfants que je recroise en dehors de l’école où je suis venu lire la semaine passée, et qui viennent me voir avec un grand sourire pour me dire à quel point ils sont contents que je leur ai fait découvrir tel ou tel livre (il faut dire que « Le livre perdu » et « Loup gris et la mouche » sont des valeurs sûres !).

Des collégiens qui, en fin d’animation, me prennent à part pour me confier qu’ils sont contents que je sois venu leur proposer un jeu littéraire (même si j’ai eu l’audace de les obliger à lire et réfléchir un vendredi soir !).

Jeu de déduction et d'enchères
Jeu de déduction et d’enchères

Des gens qui me reconnaissent dans la rue et dévient leur trajectoire pour me demander des nouvelles du projet, de ce que j’ai fait des mots qu’ils m’ont transmis.

Bref. Avant même la restitution, je peux déjà me réjouir d’avoir atteint un des objectifs de la résidence : apporter de l’animation et du plaisir autour de la littérature.

On entre dans la dernière semaine de résidence.

La semaine dernière s’est conclue par une rando nocturne à Puycornet (suivie d’une excellente soupe à l’oignon !), l’occasion de récolter quelques dernières anecdotes à intégrer dans le recueil final.

C’est la conception de ce recueil (et de la manière de le présenter au public en fin de semaine) qui va occuper l’essentiel de mon temps à venir. Il s’agit de mettre en relation les bribes de discussions récoltées auprès de presque 200 personnes avec des illustrations de l’atelier dessin du club des aînés de Lafrançaise, avec des cartes postales anciennes, avec des photos tirées de divers ouvrages sur le Pays, avec des textes écrits spécialement pour la résidence par l’atelier d’écriture du Centre Social, avec d’autres textes et éléments récoltés en chemin (à l’EHPAD, chez des particuliers, dans des livres qu’on m’a fait passer, …). Il restera ensuite à glisser les pages dans une quinzaine de classeurs en train d’être décorés par l’atelier couture du Centre Social (et, s’il en manque, les ‘blouses roses’ qui animent la vie à l’EHPAD se sont déjà portées volontaires pour poursuivre le travail avec les résidents).

Un premier classeur
Un premier classeur
Un dessin d'illustration
Un dessin d’illustration
Un 'dialogue' entre anecdotes récoltées
Un ‘dialogue’ entre anecdotes récoltées

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai l’impression de m’atteler à un puzzle dont on ne m’aurait pas confié le modèle ! Et pourtant… Déjà, je trouve que l’ensemble prend une certaine cohérence, que chaque micro-élément qui le compose s’y intègre avec une relative fluidité pour raconter une même histoire, avec une voix qui gomme les individualités de toutes les personnes rencontrées pour les fondre en une certaine forme d’universalité particulièrement émouvante.

Ce que je trouve intéressant, c’est que dans les quelques 80 feuillets que devrait ‘peser’ le recueil, aucun mot n’est de moi (tout comme la création des couvertures m’échappe). Certes, je n’échapperai pas à l’exercice de rédaction d’une préface et d’une page de remerciements en début et fin de l’ouvrage, mais cette idée me touche : au moment de partir, ce que je confierai aux communes et aux médiathèques, c’est un objet qui leur appartient déjà à 100%. Un peu à la manière d’une grande photo de famille, mais sous une autre forme. Ce n’est pas exactement (pour ne pas dire ‘pas du tout’) ce que j’avais imaginé en début de résidence. C’est finalement beaucoup mieux, et je suis content que toutes les personnes rencontrées en chemin aient porté le projet sur cette voie (bien qu’inconsciemment et malgré eux).

Pour rappel, la restitution aura lieu le vendredi 26 juin à 17h à la médiathèque de Lafrançaise, puis le samedi 27 à 10h à la médiathèque de Vazerac. Pour ces deux événements, j’envisage une animation qui devrait être à l’image du contenu, pour pouvoir clôturer le projet en m’effaçant discrètement derrière le collectif.

En attendant, demain, je retourne à la ferme pour enregistrer une émission de radio avec CFM autour d’un repas paysan, en présence de producteurs locaux (certains ayant contribué à ma récolte du bureau mobile, d’autres non). Je trouvais l’idée cohérente avec le projet : aller là où les gens ont déjà l’habitude de se retrouver (plutôt que de créer des événements spécifiques), et parler sans cadre figé de toutes les cultures que l’on produit et qui nous lient. L’émission sera diffusée sur CFM le 26 à 17h, mais à choisir, mieux vaut venir à la restitution, et vous l’écouterez en rediffusion !

Cette semaine, le bureau mobile est un peu au ralenti pour laisser la place à des animations auprès du jeune public.

J’ai pu me greffer dans les activités du club lecture au CDI du collège Antonin Perbosc. Avant ma venue, les élèves avaient rencontré d’autres auteurs au salon du livre de Montauban (les pauvres doivent se dire qu’il y a des auteurs partout !). La documentaliste leur a fait imaginer des suites à leurs romans, notamment sur la série de Thibaut Bérard autour de Suzanne Griotte et d’animaux imaginaires. Les élèves ont donc créé des couvertures, avec illustration et résumé. Quant à moi, sans les prévenir ni leur demander la moindre préparation, je leur ai confié mon dictaphone pour qu’ils réalisent des interviews. À tour de rôle, chacun a répondu aux questions d’un ou d’une camarade pour présenter son histoire. Bravo à eux d’avoir relevé le défi, avec autant de talent et de naturel que de bonne humeur ! J’ai moi aussi eu droit d’être passé à la question…

Interviews au CDI du collège

Je suis ensuite intervenu auprès de la classe de CM2 de l’école de Puycornet, pour un atelier d’écriture de conte. On a démarré par une séance de questions-réponses, et c’est avec un grand plaisir que j’ai rogné sur le timing de l’activité pour satisfaire leur curiosité (d’autant plus que quasiment tous les élèves ont levé la main pour m’interroger !). Ensuite, ils se sont répartis en 3 groupes pour inventer des contes en se basant sur une structure-type, et chaque élève s’est occupé d’écrire un bout d’histoire. Certains se sont entendus pour que l’histoire finale fasse sens, d’autres ont choisi de garder l’esprit d’un cadavre exquis… : chacun s’est prêté au jeu à sa manière, et même si écrire en groupe est loin d’être évident, ils ont su le faire avec beaucoup d’enthousiasme ! J’étais tout ému de les voir aussi nombreux à m’apporter leurs cahiers pour des dédicaces pendant la pause. Encore plus ému que certains viennent me voir en sortant pour me dire que l’atelier leur avait donné envie d’écrire, et qu’ils avaient hâte de rentrer chez eux pour s’y mettre ! (Ma « carrière » d’auteur a aussi commencé en CM2, où ma maîtresse avait intégré à la bibliothèque de l’école un recueil de poésies que j’avais écrites, illustrées et reliées. Ce type d’intervention m’offre une belle opportunité de transmettre le relais)

Instant volé <3

Puis je suis retourné avec des collégiens au centre de loisirs, pour proposer une activité en plein air : une randonnée jalonnée d’énigmes et d’épreuves, basée sur les romans « La rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat. J’ai proposé aux participants des épreuves inspirées des scènes de l’histoire, chacune étant introduite par une citation. Même si les jeunes étaient séparés en deux groupes (un par livre-aventure), les épreuves proposées les obligeaient à coopérer pour avancer. Malgré la chaleur du début d’après-midi, on a pu profiter de la relative fraîcheur des bois (et l’eau de la fameuse rivière à l’envers était une récompense bienvenue pour se rafraîchir à la fin !). Passé le bref instant ado « Oh non, il va falloir marcher ! », l’enthousiasme et les rires ont vite pris le dessus !

Balade littéraire
Les jeunes à l’épreuve et à l’écoute pendant la balade littéraire

Durant les prochains jours, je vais poursuivre le travail avec les jeunes par deux activités. J’irai à la médiathèque de Meauzac pour un temps de lecture auprès de chaque classe de CE-CM de l’école. Et demain soir, j’animerai une activité lors de la soirée de fin d’année du centre de loisirs : il s’agira d’un jeu de déduction et d’enchères basé sur le roman « Louve », de Pascal Brissy (idéal pour coller au thème ‘loup-garou’ de la soirée !). À partir de citations choisies du roman, en cinq phases (une par pleine lune), les jeunes devront discuter pour identifier quel habitant de la ville terrorise les habitants, et des mises en jetons de poker permettront de récompenser les plus perspicaces.

Par rapport au bureau mobile (qui se poursuit à côté, mais à un rythme plus tranquille que les premières semaines), ces interventions « cadrées » avec le jeune public représentent pour moi une très agréable série de parenthèses.

Me revoilà à Lafrançaise, pour trois semaines d’affilée. Trois semaines qui s’annoncent riches et intenses.

Ce mardi, j’ai déjà le plaisir d’arriver avec le printemps. La première animation de la résidence a eu lieu ce matin : un atelier d’écriture au milieu des roses, dans la plantation de Richard Marples, à Saint-Maurice. Le soleil a fait son apparition quelques minutes après notre installation. Avec lui, les couleurs et les parfums des fleurs se sont révélés dans toute leur splendeur. Très vite ont suivi les chants d’oiseaux – hirondelles, tourterelles, moineaux, et même une chouette chevêche qui s’est invitée près de notre table. J’ai eu l’impression que le printemps en personne venait me souhaiter la bienvenue. Merci à lui !

Roses des Rosiers de Richard

Puis, après quelques repérages et préparatifs pour d’autres animations à venir, j’ai posé mon bureau mobile à l’aire de jeux de Montastruc, à l’heure de la sortie d’école. Ce bureau mobile, j’espère en faire le cœur de mon travail de résidence. Il a pour but d’aller à la rencontre des habitants, au plus près de chez eux, pour me permettre d’écouter leurs histoires. Car c’est là que se trouve l’essence de l’écriture : dans les bribes du quotidien de chacun.

On m’a demandé ce matin quel genre d’histoires j’attendais. J’ai senti un peu d’inquiétude, de la timidité, de la peur de ne pas savoir quoi raconter. Je dirais que les plus belles histoires sont celles qui viennent sans qu’on y pense, celles qui sortent le plus naturellement. Il suffit de se lancer : on parlera de la météo, d’où vous habitez, de ce qui vous a conduits à choisir ce lieu plutôt qu’un autre, de comment vous voyez votre environnement évoluer. Et à partir de là, c’est moi qui deviendrai inquiet, qui aurai peur de ne pas savoir vous arrêter !

Pour cette première date du bureau mobile, la question ne s’est pas posée : je n’ai été rejoint que par la pluie. Elle aussi semblait avoir des choses à me raconter, même si elle ne s’est pas attardée. Ou bien elle souhaitait m’accueillir à son tour. Merci à elle !

Dès demain, mon bureau mobile poursuivra sa tournée : je serai toute la matinée sur le marché de Lafrançaise. Puis, en fin de journée, à Piquecos, devant la salle des fêtes, pour les paniers de Pique. Si je ne suis pas derrière mon bureau, c’est que j’en profite pour acheter de quoi manger (un écrivain ne se nourrit pas que de mots !). Comme j’aime les endroits où l’on trouve de la nourriture, j’irai ensuite aux jardins de la Lupte, à Labarthe, vendredi après-midi. Enfin, je terminerai la semaine au marché de Vazerac, puis à l’arrivée du trail de l’Honor à Loubéjac. Toutes ces dates devraient me permettre de faire une première récolte de produits locaux, et j’espère glaner une bonne dose d’histoires au passage !

Et pour ceux qui voudraient profiter d’une rencontre plus ‘formelle’, je serai à la médiathèque de Lafrançaise samedi matin, à partir de 10h30.