Journal de résidence

Ce blog est le Journal de la résidence d’écriture  « Culture(s) : écrire, semer, récolter » qui se déroule dans le Pays de Lafrançaise  en 2026 avec l’auteur Benoît Toccacieli. On y retrouvera, au fil des jours, une trace des rendez-vous tout public et des actions de médiation qui rythment cette résidence .

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

Que fait un écrivain en résidence lorsqu’il n’est pas auprès du public ? Il se cache ?

Il s’agit ici d’un type de résidence particulier : la résidence-mission. Si, en résidence d’écriture, l’écrivain peut passer la majorité de son temps reclus pour travailler sur ses projets personnels, ce n’est pas le cas ici. Le but de cette résidence, celui qui m’a attiré, c’est de mettre la médiation au cœur de l’action.

L’agenda est donc déjà bien rempli avec les dates du bureau mobile et les animations ouvertes au public, mais les yeux affûtés remarqueront les demi-journées qui semblent rester libres au milieu.

Dans ces creux, il y a d’abord des interventions « cachées », auprès de structures comme l’EHPAD, le centre d’accueil de loisirs, les établissements scolaires… Lors de ces interventions, je propose des actions qui valorisent l’envie de lire et d’écrire, ou je discute comme dans le cadre du bureau mobile pour récolter de nouvelles histoires.

Pour chacune de mes sorties, j’utilise un dictaphone pour enregistrer les échanges (j’aime pouvoir retrouver les mots et formulations exacts de mes interlocuteurs). Chaque minute de discussion me donne le double ou le triple de travail à la maison pour les retranscrire à l’écrit. Quand j’aurai obtenu assez de matière, il me faudra ensuite réagencer chaque bribe pour les mettre en dialogue, leur donner une cohérence d’ensemble.

Au fil de mes sorties, je demande également aux habitants s’ils ont des textes qu’ils souhaiteraient partager. J’ai notamment eu la chance qu’on me transmette des cartes postales de 1915 évoquant l’agriculture pendant la guerre, ou d’anciennes histoires du pays écrites par une résidente de l’EHPAD : associés à des récits actuels, ces textes viendront illustrer comment la culture ne cesse de se transmettre, à force d’être semée, récoltée et resemée.

Enfin, les animations que je prévois ont besoin d’être préparées à l’avance. Une partie de ces animations se déroulera en plein air, le long des chemins. Je peux donc joindre l’utile à l’agréable en allant faire mes repérages sur les nombreux circuits de randonnée qui jalonnent le territoire. Je vois alors apparaître dans le paysage les mêmes contrastes que ceux que je découvre dans les discours des habitants. À mes yeux, ce sont ces contrastes qui font la beauté de nos régions.

Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée
Labarthe, où la nature sauvage se mêle à la nature domestiquée

De même, la majorité des animations s’appuiera sur des livres existants, alors je lis et relis et annote plusieurs romans pour construire un contenu qui s’adapte à chaque atelier.

Pour donner quelques exemples des projets à venir : avec les jeunes de l’accueil de loisirs, on partira marcher dans les bois de Lafrançaise avec des épreuves et énigmes basées sur les romans « La Rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat ; l’atelier parents-enfants du mercredi 27 (à l’Honor de Cos) proposera aux participants de réaliser un livre des souvenirs, en se basant sur le roman « Mémoires de la forêt », de Mickaël Brun-Arnaud ; mi-juin, j’emmènerai des adultes en randonnée et nous discuterons sur comment pousse le territoire en s’appuyant sur le récit de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs ».

Le long des chemins de Piquecos
Sur les chemins de Piquecos

Me revoilà à Lafrançaise, pour trois semaines d’affilée. Trois semaines qui s’annoncent riches et intenses.

Ce mardi, j’ai déjà le plaisir d’arriver avec le printemps. La première animation de la résidence a eu lieu ce matin : un atelier d’écriture au milieu des roses, dans la plantation de Richard Marples, à Saint-Maurice. Le soleil a fait son apparition quelques minutes après notre installation. Avec lui, les couleurs et les parfums des fleurs se sont révélés dans toute leur splendeur. Très vite ont suivi les chants d’oiseaux – hirondelles, tourterelles, moineaux, et même une chouette chevêche qui s’est invitée près de notre table. J’ai eu l’impression que le printemps en personne venait me souhaiter la bienvenue. Merci à lui !

Roses des Rosiers de Richard

Puis, après quelques repérages et préparatifs pour d’autres animations à venir, j’ai posé mon bureau mobile à l’aire de jeux de Montastruc, à l’heure de la sortie d’école. Ce bureau mobile, j’espère en faire le cœur de mon travail de résidence. Il a pour but d’aller à la rencontre des habitants, au plus près de chez eux, pour me permettre d’écouter leurs histoires. Car c’est là que se trouve l’essence de l’écriture : dans les bribes du quotidien de chacun.

On m’a demandé ce matin quel genre d’histoires j’attendais. J’ai senti un peu d’inquiétude, de la timidité, de la peur de ne pas savoir quoi raconter. Je dirais que les plus belles histoires sont celles qui viennent sans qu’on y pense, celles qui sortent le plus naturellement. Il suffit de se lancer : on parlera de la météo, d’où vous habitez, de ce qui vous a conduits à choisir ce lieu plutôt qu’un autre, de comment vous voyez votre environnement évoluer. Et à partir de là, c’est moi qui deviendrai inquiet, qui aurai peur de ne pas savoir vous arrêter !

Pour cette première date du bureau mobile, la question ne s’est pas posée : je n’ai été rejoint que par la pluie. Elle aussi semblait avoir des choses à me raconter, même si elle ne s’est pas attardée. Ou bien elle souhaitait m’accueillir à son tour. Merci à elle !

Dès demain, mon bureau mobile poursuivra sa tournée : je serai toute la matinée sur le marché de Lafrançaise. Puis, en fin de journée, à Piquecos, devant la salle des fêtes, pour les paniers de Pique. Si je ne suis pas derrière mon bureau, c’est que j’en profite pour acheter de quoi manger (un écrivain ne se nourrit pas que de mots !). Comme j’aime les endroits où l’on trouve de la nourriture, j’irai ensuite aux jardins de la Lupte, à Labarthe, vendredi après-midi. Enfin, je terminerai la semaine au marché de Vazerac, puis à l’arrivée du trail de l’Honor à Loubéjac. Toutes ces dates devraient me permettre de faire une première récolte de produits locaux, et j’espère glaner une bonne dose d’histoires au passage !

Et pour ceux qui voudraient profiter d’une rencontre plus ‘formelle’, je serai à la médiathèque de Lafrançaise samedi matin, à partir de 10h30.