Journal de résidence

Ce blog est le Journal de la résidence d’écriture  « Culture(s) : écrire, semer, récolter » qui se déroule dans le Pays de Lafrançaise  en 2026 avec l’auteur Benoît Toccacieli. On y retrouvera, au fil des jours, une trace des rendez-vous tout public et des actions de médiation qui rythment cette résidence .

On entre dans la dernière semaine de résidence.

La semaine dernière s’est conclue par une rando nocturne à Puycornet (suivie d’une excellente soupe à l’oignon !), l’occasion de récolter quelques dernières anecdotes à intégrer dans le recueil final.

C’est la conception de ce recueil (et de la manière de le présenter au public en fin de semaine) qui va occuper l’essentiel de mon temps à venir. Il s’agit de mettre en relation les bribes de discussions récoltées auprès de presque 200 personnes avec des illustrations de l’atelier dessin du club des aînés de Lafrançaise, avec des cartes postales anciennes, avec des photos tirées de divers ouvrages sur le Pays, avec des textes écrits spécialement pour la résidence par l’atelier d’écriture du Centre Social, avec d’autres textes et éléments récoltés en chemin (à l’EHPAD, chez des particuliers, dans des livres qu’on m’a fait passer, …). Il restera ensuite à glisser les pages dans une quinzaine de classeurs en train d’être décorés par l’atelier couture du Centre Social (et, s’il en manque, les ‘blouses roses’ qui animent la vie à l’EHPAD se sont déjà portées volontaires pour poursuivre le travail avec les résidents).

Un premier classeur
Un premier classeur
Un dessin d'illustration
Un dessin d’illustration
Un 'dialogue' entre anecdotes récoltées
Un ‘dialogue’ entre anecdotes récoltées

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai l’impression de m’atteler à un puzzle dont on ne m’aurait pas confié le modèle ! Et pourtant… Déjà, je trouve que l’ensemble prend une certaine cohérence, que chaque micro-élément qui le compose s’y intègre avec une relative fluidité pour raconter une même histoire, avec une voix qui gomme les individualités de toutes les personnes rencontrées pour les fondre en une certaine forme d’universalité particulièrement émouvante.

Ce que je trouve intéressant, c’est que dans les quelques 80 feuillets que devrait ‘peser’ le recueil, aucun mot n’est de moi (tout comme la création des couvertures m’échappe). Certes, je n’échapperai pas à l’exercice de rédaction d’une préface et d’une page de remerciements en début et fin de l’ouvrage, mais cette idée me touche : au moment de partir, ce que je confierai aux communes et aux médiathèques, c’est un objet qui leur appartient déjà à 100%. Un peu à la manière d’une grande photo de famille, mais sous une autre forme. Ce n’est pas exactement (pour ne pas dire ‘pas du tout’) ce que j’avais imaginé en début de résidence. C’est finalement beaucoup mieux, et je suis content que toutes les personnes rencontrées en chemin aient porté le projet sur cette voie (bien qu’inconsciemment et malgré eux).

Pour rappel, la restitution aura lieu le vendredi 26 juin à 17h à la médiathèque de Lafrançaise, puis le samedi 27 à 10h à la médiathèque de Vazerac. Pour ces deux événements, j’envisage une animation qui devrait être à l’image du contenu, pour pouvoir clôturer le projet en m’effaçant discrètement derrière le collectif.

En attendant, demain, je retourne à la ferme pour enregistrer une émission de radio avec CFM autour d’un repas paysan, en présence de producteurs locaux (certains ayant contribué à ma récolte du bureau mobile, d’autres non). Je trouvais l’idée cohérente avec le projet : aller là où les gens ont déjà l’habitude de se retrouver (plutôt que de créer des événements spécifiques), et parler sans cadre figé de toutes les cultures que l’on produit et qui nous lient. L’émission sera diffusée sur CFM le 26 à 17h, mais à choisir, mieux vaut venir à la restitution, et vous l’écouterez en rediffusion !

Cette semaine, le bureau mobile est un peu au ralenti pour laisser la place à des animations auprès du jeune public.

J’ai pu me greffer dans les activités du club lecture au CDI du collège Antonin Perbosc. Avant ma venue, les élèves avaient rencontré d’autres auteurs au salon du livre de Montauban (les pauvres doivent se dire qu’il y a des auteurs partout !). La documentaliste leur a fait imaginer des suites à leurs romans, notamment sur la série de Thibaut Bérard autour de Suzanne Griotte et d’animaux imaginaires. Les élèves ont donc créé des couvertures, avec illustration et résumé. Quant à moi, sans les prévenir ni leur demander la moindre préparation, je leur ai confié mon dictaphone pour qu’ils réalisent des interviews. À tour de rôle, chacun a répondu aux questions d’un ou d’une camarade pour présenter son histoire. Bravo à eux d’avoir relevé le défi, avec autant de talent et de naturel que de bonne humeur ! J’ai moi aussi eu droit d’être passé à la question…

Interviews au CDI du collège

Je suis ensuite intervenu auprès de la classe de CM2 de l’école de Puycornet, pour un atelier d’écriture de conte. On a démarré par une séance de questions-réponses, et c’est avec un grand plaisir que j’ai rogné sur le timing de l’activité pour satisfaire leur curiosité (d’autant plus que quasiment tous les élèves ont levé la main pour m’interroger !). Ensuite, ils se sont répartis en 3 groupes pour inventer des contes en se basant sur une structure-type, et chaque élève s’est occupé d’écrire un bout d’histoire. Certains se sont entendus pour que l’histoire finale fasse sens, d’autres ont choisi de garder l’esprit d’un cadavre exquis… : chacun s’est prêté au jeu à sa manière, et même si écrire en groupe est loin d’être évident, ils ont su le faire avec beaucoup d’enthousiasme ! J’étais tout ému de les voir aussi nombreux à m’apporter leurs cahiers pour des dédicaces pendant la pause. Encore plus ému que certains viennent me voir en sortant pour me dire que l’atelier leur avait donné envie d’écrire, et qu’ils avaient hâte de rentrer chez eux pour s’y mettre ! (Ma « carrière » d’auteur a aussi commencé en CM2, où ma maîtresse avait intégré à la bibliothèque de l’école un recueil de poésies que j’avais écrites, illustrées et reliées. Ce type d’intervention m’offre une belle opportunité de transmettre le relais)

Instant volé <3

Puis je suis retourné avec des collégiens au centre de loisirs, pour proposer une activité en plein air : une randonnée jalonnée d’énigmes et d’épreuves, basée sur les romans « La rivière à l’envers », de Jean-Claude Mourlevat. J’ai proposé aux participants des épreuves inspirées des scènes de l’histoire, chacune étant introduite par une citation. Même si les jeunes étaient séparés en deux groupes (un par livre-aventure), les épreuves proposées les obligeaient à coopérer pour avancer. Malgré la chaleur du début d’après-midi, on a pu profiter de la relative fraîcheur des bois (et l’eau de la fameuse rivière à l’envers était une récompense bienvenue pour se rafraîchir à la fin !). Passé le bref instant ado « Oh non, il va falloir marcher ! », l’enthousiasme et les rires ont vite pris le dessus !

Balade littéraire
Les jeunes à l’épreuve et à l’écoute pendant la balade littéraire

Durant les prochains jours, je vais poursuivre le travail avec les jeunes par deux activités. J’irai à la médiathèque de Meauzac pour un temps de lecture auprès de chaque classe de CE-CM de l’école. Et demain soir, j’animerai une activité lors de la soirée de fin d’année du centre de loisirs : il s’agira d’un jeu de déduction et d’enchères basé sur le roman « Louve », de Pascal Brissy (idéal pour coller au thème ‘loup-garou’ de la soirée !). À partir de citations choisies du roman, en cinq phases (une par pleine lune), les jeunes devront discuter pour identifier quel habitant de la ville terrorise les habitants, et des mises en jetons de poker permettront de récompenser les plus perspicaces.

Par rapport au bureau mobile (qui se poursuit à côté, mais à un rythme plus tranquille que les premières semaines), ces interventions « cadrées » avec le jeune public représentent pour moi une très agréable série de parenthèses.